Encore.
Je ne promets rien, je ne fais que tenter. Essayer encore de m’accorder à cet espace qui semble trop grand pour moi, immensément vide et qu’il faudrait emplir jour après jour de l’écume de mes journées.
Ou peut-être me trompé-je.
J’ai laissé en friches l’autre espace qui ne me convenait plus. J’ai voulu marquer une étape, un changement dans ma vie personnelle et mon écriture, puisqu’elles sont intrinsèquement liées. Comme lorsque je change de carnet et mets alors fin à un cycle, à une période, un amour, une tranche de vie et d’écriture, à des tâtonnements.
J’ai très envie d’aborder ce renouveau avec plus de liberté, plus d’insouciance aussi, me risquer à la fiction, admettre que tout est inventé trafiqué modelé par l’écriture et la conscience écrivante.
Ces derniers mois ont été décisifs - du moins je le crois. J’ai perdu un amour très fort, et avec lui toutes mes armes pour me battre. Je n’ai plus la force de lutter contre l’autre, je ne peux plus m’exténuer, me faire croire que tout ira bien du moment que Le garçon est près de moi. ça ne marche pas. Jusqu’ici je ne voyais dans ma douleur que celle d’avoir été flouée par un amant - maintenant je comprends que je lui volais aussi sa liberté, que je refusais sa douleur sous prétexte qu’il devait être assez fort pour supporter.
En ce moment je suis un peu perdue, je réfléchis, j’hésite. Je voudrais faire les bons choix, ne pas écorcher des personnes auxquelles je tiens. Je n’aime pas bousculer les autres pour me faire une place, je déteste déranger. Alors je m’adapte constamment. Je suis une sorte de caméléon depuis toujours, et j’ai fini par apprécier cette aptitude en prenant conscience des facilités qu’elle pouvait m’apporter. Partout, je semble capable de déceler ce qui pourra être le germe d’un rapprochement, avec presque n’importe qui. Je suis passe-partout. Seules certaines de mes amies connaissent mes emportements et mes faiblesses, mes souffrances et mes contradictions. Mes rêves.
Cette capacité d’adaptation m’a poussée à la méfiance, à l’observation. Ma mère me racontait souvent cette anecdote : lorsque j’étais en Maternelle à l’école publique de Saint-Germain-Des-Prés, la maitresse avait remarqué que j’avais passé un mois à regarder et observer les autres enfants avant de me rapprocher de certains d’entre eux.
Déjà une certaine exigence.
J’ai le sentiment d’avoir gardé cette exigence, l’impression d’être un peu en-dehors, de ne pas faire partie du monde, et c’est ce qui m’a poussée à écrire. D’abord écraser ma souffrance, le dégoût face à mon corps ; puis les passions naissantes, le Bleu.
Voilà, j’écris pour tout ça. Le Bleu, les corps, les pleurs étouffés, l’enfance.